Mention "Interdisciplinarité" du concours de fou !

Conte des élèves de la classe de 6ème du collège Roland Vasseur de Vigny

Le fou et sa belle vivaient heureux, la belle continuaient à s’occuper de sa serre et de ses fleurs tropicales. Elle avait déjà mis au monde cinq enfants, et leur apprenait à observer les étoiles et les galaxies les plus éloignées. Le fou adorait raconter à ses enfants les histoires les plus extravagantes à propos des constellations. Quant au roi, il semblait atteint d’une grande mélancolie : il voyait sa fin approcher, mais ne voulait pas disparaître, pas mourir.
Ce fut alors que lui vint une idée : ne pouvait-on pas trouver un moyen de l’empêcher de disparaître ? Après tout, ces savants trouvaient souvent des solutions assez astucieuses à tous ses défis.
Cette perspective lui mit du baume au cœur, et il décida d’organiser un concours. À celui qui découvrirait les secrets permettant de ne pas disparaître, il lui offrirait tous les trésors contenus dans sa bibliothèque.
Sitôt dit, sitôt fait. Dès le lendemain, on pouvait voir dans tout le royaume et même au-delà d’immenses affiches annonçant l’enjeu du concours et la récompense promise.
Ce fut alors un branle-bas de combat général. Tous les grands savants et les grands médecins se mirent à réfléchir, à élaborer des plans et des stratégies. Ils inventèrent toutes sortes de potions pour une éternelle jeunesse à base de plantes mystérieuses, d’hormones, des remèdes pour la peau, proposèrent l’immersion dans de l’eau très froide pour ralentir les effets du temps… Certains concoctèrent au roi un régime à base de vitamines A, C et E : carotte, kiwi, orange, épinard, persil, amande… furent au menu de son régime quotidien. D’autres se rendirent au Japon, sur la petite île d’Okinawa pour découvrir les secrets de son peuple centenaire. On pensa même à préparer un baume pour conserver le corps à la manière des Égyptiens ; mais à quoi cela servirait-il de conserver un corps qui avait perdu son âme ? À l’époque, personne n’avait encore entendu parlé de clonage ni de nanotechnologie. Ainsi tous ces savants étaient bien obligés d’avouer qu’ils n’arrivaient pas à découvrir la recette de la vie éternelle.
Le fou de son côté cherchait des idées mais ne trouvait pas. Quant au roi, il dépérissait de jour en jour et désespérait d’avoir un jour à disparaître. Pour ce qui est de la belle, elle n’avait guère le temps de s’occuper du défi, il y avait bien trop à faire avec ses cinq enfants. Cependant, l’état de son père commençait à la préoccuper.
Aussi, afin de réconforter son père, décida-t-elle d’organiser une réception familiale réunissant tous les enfants du roi, huit au total. Il faut dire que certains d’entre eux ne rendaient pas souvent visite à leur père car ils avaient décidé de partir à la conquête de contrées très reculées en Occident. Le banquet eut lieu au château et toute la famille du roi était heureuse de se retrouver autour d’une table somptueuse qui contenait des mets tous plus délicieux et appétissants les uns que les autres. La belle présenta ses cinq enfants à ceux qui ne les connaissaient pas. Le fou en observant ses propres enfants et les frères et sœurs de sa belle fut frappé par les traits de caractère communs avec le roi. Il se rendit compte qu’il avait trouvé la solution : il plaça les enfants et les petits enfants du roi en ligne, du plus âgé au plus jeune, fit venir le roi et lui demanda d’observer. Le roi réfléchit un instant, les sourcils froncés mais ne comprit pas.
« J’ai trouvé la solution du défi ! expliqua le fou enthousiaste. Vous ne pouvez pas disparaître ! Regardez vos enfants et vos petits-enfants. Certains possèdent votre nez aquilin, d’autres vos cheveux bruns et bouclés. Quant à mon petit dernier, il a le même regard noir et perçant que vous. Lorsque vous avez engendré votre descendance, vous lui avez transmis certains des gènes que vous portez. Ainsi chacun de vos descendants a hérité d’une partie de vos caractères qu'il a transmis lui-même à ses propres enfants. »
Le roi observait sa descendance, perplexe.
« Certes, je ne peux empêcher l’issue fatale de la mort, mais jamais vous ne disparaîtrez, car de génération en génération, on retrouvera toujours une part de vous qui se transmettra », assura le fou.
Le roi était bien obligé d’avouer que le fou avait une nouvelle fois raison et quelque part, cela le rassura. Il lui offrit donc, non sans regret, tous les trésors de sa bibliothèque. Comme vous pouvez vous en douter, le fou refusa ce présent inestimable ; il demanda seulement à pouvoir consulter les précieux ouvrages quand il le souhaitait.
Et ce fut ainsi que le roi, entouré de toute sa famille, put vieillir en paix, en ayant le sentiment d’avoir laissé une part de lui sur cette terre.