Texte du concours de fou !
Conte des élèves de la classe de 6ème du collège Jean Moulin de Saint-Michel sur Orge
Oui, le bonheur est à portée de la main… Mais il arrive parfois que le bonheur s’échappe, tel un oiseau de sa cage… En effet la princesse reçut un matin la visite du messager de sa marraine : elle était très malade. Désirant être à son chevet, la belle partit la rejoindre le lendemain. Les jours passèrent. Le roi et le fou regrettaient amèrement d’avoir laissé partir la princesse sans l’accompagner. Du sommet de la tour du château, ils guettaient mélancoliquement l’horizon.
« Fou ne vois-tu rien venir ? disait le roi.
– Non », répondait le fou d’un air désabusé.
Enfin, un soir, le roi que plus rien ne pouvait distraire de sa tristesse eut une idée lumineuse et s’adressa au fou :
« À toi qui jusqu’à maintenant arrives à résoudre tous mes défis et à tous les savants de mon royaume, j’en lance un nouveau : celui qui arrivera à rejoindre ma fille par la voie des airs gagnera ma bibliothèque adorée. »
Sitôt dit, sitôt fait. Le roi convoqua les plus grands scientifiques et ce fut une effervescence générale. Les savants se mirent à dessiner des plans incroyables. Plusieurs projets furent présentés au roi. Le premier était une combinaison munie d’ailes rudimentaires recouvertes de plumes d’aigle. Le scientifique s’élança du haut d’un arbre, se mit à battre des bras mais ne vola que sur un mètre. Il s’écrasa au sol et se brisa les jambes. Le deuxième savant avait fabriqué une étrange machine : une boîte avec deux trous pour les jambes et un moteur marchant à la vapeur. Il mit sa machine en route et s’élança d’une colline mais il ne fit que quelques mètres dans un bruit infernal et un brouillard très épais. Le moteur explosa et le pauvre scientifique ressortit en piteux état. Un autre inventa une machine volante avec des pédales qui faisaient battre des ailes. Mais la fatigue eut raison de cette tentative et l’inventeur à bout de forces donna un dernier coup de pédale avant de s’embourber dans les marais.
Le fou, inquiet pour son roi et désespéré d’être séparé de sa femme, s’était réfugié dans sa chambre, près de sa cheminée, loin du vacarme. Il regardait le feu et le tisonnait machinalement. Les cendres des plans qu’il y avait jetés s’élevaient, légères, dans le conduit comme des papillons de nuit. Soudain il vit la solution !
Les jours suivants on put voir de grands récipients allumés d’une forte flamme et alignés jusqu’à l’horizon et au-delà. Le fou avait construit sa machine volante à l’aide d’une grande voile de toile fine de forme ovale, et calculée pour avoir le maximum de portance. Relié à un harnais par des cordes, cet engin était maniable et léger. Comme ce pays avait peu de points culminants d’où s’élancer en cherchant les courants ascensionnels, il se contenta d’une simple colline pour prendre son élan. À chaque fois qu’il perdait de la vitesse, un feu se trouvait à proximité et grâce à l’air chaud dégagé par les flammes il regagnait de la vitesse et de la hauteur pour continuer sa route. Pendant des heures il chercha la princesse, accroché à sa machine. Et alors que celle-ci regardait le ciel en rêvassant, elle vit avec stupéfaction un étrange objet planer au-dessus d’elle. C’était le fou. S’écartant des brasiers, il atterrit non loin d’elle. Le fou, très fier de son invention, expliqua le système de sa machine à la princesse qui s’exclama :
« Bien sûr, l’air chaud est plus léger et s’élève vers le ciel ! C’est une très bonne idée ! »
La princesse, heureuse de voir son mari remporter cette épreuve, lui chuchota à l’oreille :
« Revenons au château et mettons fin à ce défi fou ! »
Arrivé au château, le fou dit au roi :
« Mon bon seigneur, tout l’or du monde ne peut remplacer la richesse d’être avec votre fille et tous les livres ne peuvent remplacer l’expérience qu’apporte la vie. L’amour de votre fille suffit à mon bonheur. »
La princesse déposa un baiser sur le front de son père et partit soigner ses plantes dans sa serre. Le fou la suivit et la regarda respirer le parfum des fleurs avec des milliers d’étoiles dans les yeux.