Texte du concours de fou !
Conte des élèves de la classe de 6ème et de 5ème du collège Jean Moulin de Saint-Michel sur Orge
Il était encore une fois, dans le lointain Orient, notre roi, toujours aussi savant mais devenu vieux. Le temps avait passé et le roi avait bien changé. Il vivait quasiment reclu dans sa bibliothèque ; refusait toute visite, y compris celles des savants ; déclinait toute invitation même à un dîner de gala. La princesse se préoccupait pour son père. Ce que ni l’âge ni la maternité n’avaient réussi à entamer, l’inquiétude allait le faire. C’était elle que l’on voyait à présent les sourcils froncés, sa fille accrochée à ses robes d’apparats car elle assurait l’intérim, son père négligeant ses fonctions.
Un jour, la réplique miniature de la princesse jaillit de sous ses jupons et sauta dans les bras du fou accompagnée d’un hurlement. Son père fit alors apparaître comme par enchantement un livre pour calmer sa fille qui s’en saisit prestement, avide d’aventures imaginaires.
« Il faudrait que tu puisses faire de même avec mon père : un tour de magie pour lui redonner ses forces d’antan. »
En cet instant, le fou se figea. Il venait de trouver la solution :
« Organisons un concours, comme au bon vieux temps, pour rendre sa jeunesse au roi. Et en récompense, il offrira au vainqueur sa bibliothèque ! »
La princesse fut enchantée par cette idée, persuadée qu’un des sujets inventerait une machine pour guérir son père. Ce dernier se dit prêt à essayer toutes les inventions, quoiqu’il en coûte, et à offrir ses précieux livres. Sitôt dit, sitôt fait. Dès le lendemain, on pouvait voir dans tout le royaume et même au-delà, d’immenses affiches annonçant l’enjeu du concours et la récompense promise.
Ce fut alors un branle-bas de combat général. Tous les plus grands scientifiques se mirent en action. L’un d’eux se présenta avec une sorte de cerf-volant géant sans fil pour le retenir devant servir à voler. Grâce à la portance, le roi se sentirait aussi léger que l’air. Mais lorsqu’il voulut se servir de cette aile, il ne put courir pour s’élancer et planta le nez de son oiseau de tissu dans la terre.
Le candidat suivant annonça un « rebondissant », morceau de tissu tendu à l’intérieur d’un cercle de fer. Les gens qui essayaient s’élevaient dans les airs, aériens, avant de rebondir pour un nouvel envol. Le roi tenta l’expérience et sentit, brièvement, les bienfaits de son premier saut. Mais, déstabilisé par son surpoids, il retomba à côté de l’engin. Rien de grave, heureusement, pour le souverain, qui voulut continuer à se prendre pour une plume. Pourtant, il s’avoua épuisé au bout d’une série de rebonds.
Le roi retrouva ses sourcils froncés face à ces machines pour athlètes quand un prototype attira son regard : une tour. Des marches permettaient d’accéder au sommet puis d’entrer dans une nacelle qui… tombait ! Affolée, la princesse crut n’en retrouver que des miettes ! Que nenni : le roi sortit de la tour infernale le sourire aux lèvres ! Un ingénieux système de poulies retenait la cabine à quelques coudées du sol. Le roi utilisa souvent la tour par la suite, seulement la montée des marches l’épuisait plus que ne le soulageait la descente, bien trop courte. Le fou commença à penser qu’il avait fait une erreur en organisant ce concours.
Un soir, alors que le fou faisait la lecture à sa fille, il eut le déclic. Le grimoire s’intitulait La Géographie du royaume contée aux enfants et l’histoire choisie celle de la Montagne Infinie, qui se situait sur l’un des flancs du palais. Une enluminure l’illustrait. Il expliqua sa nouvelle idée à la princesse et à l’intéressé. La première le déclara officiellement fou et le deuxième l’embrassa : il s’agissait d’utiliser la falaise comme tour de chute libre perpétuelle. Le roi n’avait qu’à sauter, le phénomène d’impesanteur ferait le reste. Plus besoin de montées fatigantes. Certes, le roi devait dire adieu à son royaume mais cela devait bien arriver un jour.
Le lendemain, tout le monde se retrouva au sommet de la Montagne Infinie pour voir le roi effectuer son saut dans l’inconnu. À la demande de ce dernier, les séparations furent expédiées, comme allait l’être son corps dans l’atmosphère. Le souverain fit un pas à reculons pour faire face à ses sujets et leur fit un petit signe de la main. Le silence planait comme le roi sans doute. Puis la voix royale répercutée par l’écho se fit entendre : « ça marche ! Je suis liiiibre ! »
Le fou fut déclaré vainqueur mais décida d’ouvrir la bibliothèque à tous et créa ainsi la première bibliothèque publique. La princesse fut déclarée reine à l’unanimité et gouverna, comme son père avant elle, avec sagesse pendant de nombreuses années.
Le roi, lui, tombe encore…