Textes du concours de fou !

Conte des élèves de la classe de 5ème du collège Evariste Galois de Paris

Après avoir expérimenté toutes les inventions du fou, le roi s’ennuyait toujours. Le fou, attristé de voir le monarque désœuvré, décida de lui faire une proposition.
« Sire, lui dit-il, que diriez-vous d’un nouveau défi ?
Le roi, un peu surpris de cette idée, lui répondit :
« Poursuis, mon fou, tu m’intéresses.
– Il s’agit de lancer une épreuve qui mettrait en concurrence tous les savants du royaume. Le principe est de trouver le moyen de transformer la matière organique en matière minérale. »

Comme par magie, les yeux du roi retrouvèrent leur éclat pétillant. Il réfléchit un instant, les sourcils froncés.
« Excellent défi ! reconnut-il, voilà qui devrait occuper les savants du pays pour un moment ! Et quel sera le prix de ce concours, mon fou ?
– Le prix doit rester secret jusqu’au bout. Cela donnera d’autant plus d’intérêt à cette épreuve, répliqua le gendre du roi. »

En vérité, ce dernier n’avait pas la moindre idée de la récompense qu’il pourrait offrir au gagnant, mais il se disait qu’il aurait bien le temps d’y réfléchir à loisir pendant que les savants se perdraient dans leurs vaines recherches.

Sitôt dit, sitôt fait. Dès le lendemain, on pouvait voir dans tout le royaume et même au-delà d’immenses affiches annonçant l’enjeu du concours. Comme la récompense promise devait rester secrète, les concurrents imaginaient que les fortunes les plus folles étaient à la clef de ce défi. Ce fut alors un branle-bas de combat général. Tous les plus grands savants se mirent à réfléchir, à élaborer des plans.

Depuis que les affiches avaient été disposées, le fou s’amusait à essayer les machines les plus farfelues, mais aucune ne correspondait à l’enjeu du concours.

Le monarque soupirait, il ruminait ses noires pensés en se dirigeant vers la serre de sa fille. Il rejoignit la princesse, mais ne la vit pas tout de suite en entrant. Il voulait lui offrir une fleur rare qu’elle ne possédait pas encore, car après de nombreuses années, il avait fini par comprendre qu’elle avait une passion pour la botanique, ce que le fou, son époux, savait depuis bien longtemps, lui. Lorsqu’il se trouva devant elle, la princesse était en train de nettoyer le sol de la serre. Il lui tendit la fleur, qu’elle prit dans ses mains en soupirant.
« Pourquoi ce présent vous rend-il triste, mon enfant ? lui demanda son père, désemparé.
– Cette fleur est magnifiques, père, je vous sais gré de me l’offrir, mais hélas, ses feuilles seront bien vite grignotées par les vers de terre qui ont envahi ma serre. »
Le roi la regardait, médusé. En un instant, il venait de trouver la solution au concours. Sans plus attendre, il prit un ver de terre et alla montrer sa trouvaille au fou. Ce dernier réfléchit un instant, les sourcils froncés.
« De quoi s’agit-il, Sire ?
– Vous ne comprenez donc pas ? Les vers de terre, en se nourrissant de feuilles, matière végétale organique, rejettent des excréments, les turricules gorgés de matière minérale. Ma fille, au lieu de se plaindre de ces vers de terre, devrait les utiliser pour fertiliser le sol de sa serre ! Nous pourrions ainsi imaginer un mouvement perpétuel qui transformerait la matière organique en matière minérale avec les vers de terre, puis la matière minérale en matière organique avec la photosynthèse ! » s’exclama le roi, enthousiaste.

Le fou réfléchit un instant puis, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, dut avouer que le roi avait gagné. Il était bien embarrassé car il ne savait quelle récompense offrir à un monarque qui possédait déjà tout. C’est alors que la princesse les rejoignit dans le grand salon.

« Père, lui dit-elle, vous êtes parti si précipitamment de ma serre tout à l’heure que vous ne m’avez pas laissé le temps de vous annoncer une grande nouvelle. Vous allez avoir un petit-enfant. »
Le roi, comblé, serra dans ses bras sa fille et son gendre et ajouta, ému :
« Voilà bien la plus belle des récompenses, mes chers enfants ! Désormais je n’aurai plus besoin de défis scientifiques extravagants pour occuper mon esprit ! »