Mention "Poésie" du concours de fou !
Conte des élèves de la classe de 6ème E du collège Victor Hugo de Cachan
Le fou et la princesse coulaient enfin des jours heureux, les savants et les anciens prétendants de la princesse ayant tenu parole et accepté le fou. Mais le roi ne tarda pas à s’ennuyer de nouveau. Il connaissait tout et maintenant que le fou et la princesse passaient le plus clair de leur temps ensemble, il se sentait bien seul. La mélancolie le gagna, la vie lui semblait sans attrait, il restait toute la journée assis sur son trône, sans bouger, sans parler. La princesse et le fou, firent tout leur possible pour le distraire mais rien n’y fit.
« Je n’ai plus rien à attendre de la vie, je connais tout sur tout, ma fille est mariée et heureuse, elle n’a donc plus besoin de moi. Le fou a prouvé qu’il a suffisamment de sagesse pour pouvoir diriger le royaume même s’il a refusé la couronne. Je suis vieux et inutile. »
Le fou qui avait beaucoup d’affection pour son roi, cherchait à le comprendre sans y parvenir.
« Comment peut-on être lassé à ce point, alors qu’il y a tant de choses si étonnantes et si belles dans le monde ?
– Mais, je connais tout, je sais tout ».
Lui répondit le roi.
Un jour que le fou s’émerveillait devant la délicatesse d’une fleur et essayait de faire partager au roi le plaisir simple de contempler sa beauté, le roi jeta à peine un coup d’œil à la fleur et lui dit :
« Je connais comme fleur, c’est une… »
Et le roi donna le nom latin de la fleur, la famille à laquelle elle appartenait et bien d’autres informations scientifiques.
« Mon roi, pour moi c’est une fleur que je regarde avec plaisir et pour vous c’est un objet scientifique insignifiant. Je crains qu’à force d’études scientifiques, vous ne sachiez plus voir. C’est le regard que l’on porte sur les choses avec ses rêves et son imagination qui les rend uniques. La poésie…
– Sottises ! Bientôt tu vas me dire que tu vois ce qui est invisible. Eh bien soit ! Je te mets au défi de me montrer l’invisible. Si tu y arrives, j’accepterai de lire un de ces recueils de poésie que vous affectionnez tant, la princesse et toi.
– Je vais donc essayer, mon roi. Vous m’avez appris à voir la beauté et la poésie qu’il y a dans la science, même si vous ne le savez pas, à mon tour de vous les montrer ».
Le fou quitta le roi pour rejoindre la princesse dans le jardin et pouvoir réfléchir au nouveau défi qu’il se devait de relever. Il y en allait du bonheur de son roi. Le soleil resplendissait. Il s’approcha de la princesse qui jouait avec le pendentif en cristal qu’il lui avait offert. Tout d’un coup, de merveilleuses couleurs apparurent sur la robe blanche de la princesse, les couleurs de l’arc-en-ciel. La princesse bougea la main tenant le cristal et les couleurs disparurent.
« Mais bien sur ! Voici l’invisible. »
À ces mots, le fou partit voir le roi, laissant une princesse médusée. En s’inspirant des arcs-en-ciel, il prit une bassine d’eau et un miroir qu’il apporta au roi. Il ouvrit bien grand les rideaux pour que le soleil rentre à flots dans la pièce. Il plongea le miroir dans la bassine et la lumière du soleil, en se reflétant dans le miroir, projeta sur le mur une féérie de couleur.
« Les couleurs contenues dans la lumière du soleil sont invisibles et je viens de vous les montrer. J’ai remporté mon défi ! »
Le roi dut bien admettre que le fou avait raison.
Le soir venu, le roi s’installa confortablement sur son trône et ouvrit pour la première fois de sa vie un recueil de poésie. Finalement, il avait encore bien des choses à découvrir. Plus tard, il rejoignit la princesse et le fou qui admiraient les étoiles et pour une fois il regarda la voûte céleste seulement pour le plaisir et non pour une étude astronomique.
Qu’advint-il ensuite du fou et de sa princesse ? Nul ne le sait. L’histoire que l’on rapporte se termine là, la tête dans la lune, le nez dans les étoiles et le bonheur à portée de la main…