1° Prix du concours de fou !
Conte des élèves de la classe de 6ème du collège Evariste Galois de Bourg la Reine
Les noces furent somptueuses. Des monts arides de l’Ouest aux vallées verdoyantes de l’Est, on avait dansé jusqu’au coucher du soleil.
Puis le calme était revenu. Les saisons défilaient et chaque jour, chaque minute, le roi vieillissant s’ennuyait.
« Je fus le plus grand savant de tout le royaume, et de tous les royaumes que porte cette terre », se lamentait-il.
J’ai appris à connaître les secrets de l’énergie, de la matière et de l’espace.
Malheureusement, je ne puis arrêter le cours du temps, et chaque jour, chaque minute, mes articulations me font davantage souffrir. Voilà que ma chère mémoire se met à me jouer des tours !
Qui à l’avenir maintiendra la justice et la paix dans ce royaume, puisque mon gendre n’en veut pas ?
C’est alors qu’il eut une idée.
« Eh bien soit, déclara-t-il. Je défie les plus grands savants ! Quiconque me rajeunira, accèdera à mon trône. »
Sitôt dit, sitôt fait. Dès le lendemain, on pouvait voir dans tout le royaume et au-delà d’immenses affiches annonçant l’enjeu du concours et la récompense promise.
Ce fut alors un branle-bas de combat général.
Tous les plus grands médecins se mirent à réfléchir, élaborer des thèses, étudier les mécanismes du vieillissement. Tous parcoururent le monde à la recherche de substances miraculeuses que l’on testa sur des rats. On fit venir des sorciers, des marabouts et des magiciennes, on fit des incantations. On chercha chez les Égyptiens les secrets de l’éternité.
De nombreux prétendants tentèrent de cloner des fourmis, des souris, des brebis ! Plusieurs fois on crut y parvenir, mais si les pauvres animaux naissaient identiques, ce n’était pas sans quelques menus défauts… trois oreilles ou cinq pattes, bref, tous se heurtèrent aux lois naturelles et à l’indomptable avancée du temps et de la vie.
Le roi se décourageait et les rides plus nombreuses se creusaient. La princesse pleurait de voir son pauvre père ainsi. Quant au fou, il se désespérait.
« Ah ! que ne suis-je savant ! répétait-il. J’aurais pu trouver une solution et ainsi sécher ces larmes ! »
Il alla se refugier chez la princesse en espérant lui redonner pour quelques heures le sourire.
Elle était assise à sa fenêtre, son teint plus rose que l’aurore et ses cheveux plus brillants que les rayons de lune. Le fou posa une main sur son ventre arrondi : depuis quelques mois, la princesse était enceinte.
« À qui donc ressemblera notre enfant ? demanda la jeune femme. Aimera-t-il raconter des histoires ou chassera-t-il les papillons ? »
En entendant ces mots, le fou s’écria :
« Eurêka ! Évidemment ! À défaut de pouvoir rajeunir un homme, à défaut de maîtriser la vie et de remonter son cours, utilisons-la ! Profitons de la vie, des lois de la génétique, de l’hérédité !
Le génome d’un homme se trouve dans ses cellules, il est composé de vingt-trois paires de chromosomes sur lesquels se trouvent les gènes. Nous possédons des milliers de gènes, un codant la couleur des yeux, un autre celle des cheveux… la moitié provient de notre père et l’autre de notre mère. La moitié du génome de la princesse était donc la même que celle du roi ! L’enfant à naître partagerait donc avec son grand-père certains de ses gènes !
Un matin de printemps, l’enfant naquit : c’était un petit garçon rond et rose, au sourire franc et au regard vert comme son grand-père.
Les cloches de tout le royaume sonnèrent et accompagnèrent les heureux parents jusqu’au roi qui éclata en sanglot devant ce petit être, embrassa sa fille et les félicita moult fois.
« Mes enfants…
– Père, déclara la princesse. Voici la solution de l’énigme.
Et elle tendit l’enfant au roi.
Le roi se redressa interloqué.
– Oui, ajouta-t-elle. Regarde ce petit homme qui te ressemble trait pour trait, il est la continuité de nos chairs, te voici un peu dans mes bras et te voilà aussi devant moi. »
Le roi était si ému devant cette évidence qu’il en oublia ses rhumatismes. Il se sentait soudain beaucoup plus jeune, il renaissait.
Et devant lui, souriant dans ses bras, se tenait son petit héritier.